Bien sûr, un texte écrit par une IA sera toujours propre, sans aucune faute, avec des phrases bien bâties et un plan qui se tient bien. Mais bizarrement, on s’ennuie souvent à la lecture, on décroche vite. Sans doute cette impression d’avoir déjà lu cela ailleurs, en mieux. C’est normal : l’IA n’invente rien, elle reproduit ce qu’elle a lu sur des millions de sites, fait une moyenne et bricole un texte qui se tient. Le texte est propre. C’est tout le paradoxe (et la malédiction) des textes écrits par l’IA : ils sont bien, mais pas bons. Pour améliorer ça, rien ne vaut le vrai travail d’un rédacteur. Et voici pourquoi.
Prenons l’exemple d’un texte écrit avec et sans IA
Imaginons une menuiserie qui demande à une IA de lui rédiger sa page d’accueil. Cela pourrait donner :
« Dans un monde en constante évolution, la Menuiserie Lebrun s’engage à vous offrir des solutions sur mesure alliant savoir-faire traditionnel et innovation. Forte de plus de 30 ans d’expérience, notre équipe de professionnels passionnés met tout en œuvre pour répondre à vos besoins et sublimer votre intérieur. Qualité, durabilité et satisfaction client sont au cœur de nos valeurs. »
Un rédacteur écrira plutôt :
« Votre escalier grince à chacun de vos pas ? On s’en occupe. L’entreprise artisanale Lebrun fabrique escaliers, placards et portes depuis 1994, dans notre atelier de Bois-Guillaume. Chaque pièce est dessinée sur mesure pour votre maison, parfaitement à sa place. Et nous ne partirons de chez vous que lorsque vous serez pleinement satisfaits, on vous le promet ! » .
C’est quand même plutôt la deuxième version qui donne envie de les appeler, non ? Voyons pourquoi.
Comment fonctionne cette maudite IA
Essayez de remplacer le nom de l’entreprise par celui d’un concurrent. Le texte fonctionne toujours ? Alors c’est qu’il n’est pas bon.
Tout le monde peut être « une équipe de professionnels passionnés qui répond à vos besoins ». Même votre boucher ou un cabinet comptable. Pensez à une veste ou une robe : la taille unique, c’est quand même pas terrible.
L’IA n’écrit pas : elle construit des phrases. Elle devine le mot le plus probable après celui d’avant. Ça sonne forcément banal. Tout le contraire d’un rédacteur qui va chercher à dire ce qui vous rend unique.
Moins de promesses et plus de preuves
Savoir-faire, qualité, passion… Ces mots ne coûtent rien à écrire, alors ils ne valent rien à lire. Ce sont de beaux mots, pourtant ils n’accrochent pas, car trop vus, trop lus. Ils sont en quelque sorte démonétisés.
Mieux vaut citer une date, raconter un lieu, exprimer un geste. C’est comme cela que vous accrocherez votre lecteur. Depuis 1994 » pèse plus lourd que « forte de plus de 30 ans d’expérience ». « Et nous ne partirons de chez vous que lorsque vous serez pleinement satisfaits » en dit plus long sur la qualité que le mot qualité lui-même.
Pour dénicher ces preuves, le rédacteur pose des questions. Beaucoup. C’est souvent au détour d’une réponse anodine que surgit la phrase qui portera tout le texte.
Relisez la version IA à voix haute. Les phrases ont toutes la même longueur, le même souffle. Et cette énumération en trois temps, qualité, durabilité, satisfaction : l’IA adore les listes de trois. C’est presque une signature.
Un texte de machine sonne comme un métronome. Régulier, exact. Le rédacteur joue plutôt comme un batteur. Une phrase longue, qui prend son temps, puis une courte. Une question. Un silence. C’est ce rythme qui garde le lecteur jusqu’en bas de la page.
Il ose couper
L’IA veut tout dire. Elle ajoute, elle nuance, elle termine sur un petit récapitulatif dont personne n’a besoin. On obtient des textes qui ont l’air complets, mais où l’idée importante se noie.
Le rédacteur travaille comme un sculpteur : en enlevant. Il choisit un message par page et sacrifie le reste. C’est inconfortable, parce que tout semble important. Mais un texte qui dit une chose clairement vaut mieux qu’un texte qui en dit dix sans relief.
Il entend votre voix
Chaque entreprise a sa façon de parler. Le menuisier qui dit « nous » et jamais « on ». Le cabinet d’avocats qui pèse chaque mot. La start-up qui tutoie tout le monde.
L’IA parle comme la moyenne de tout ce qu’elle a lu. Sans consigne précise, elle adopte un ton neutre et poli, celui d’un message d’attente au téléphone. Le rédacteur commence par écouter comment vous parlez de votre métier. Puis il écrit comme vous parleriez si vous aviez le temps de soigner chaque phrase.
Il vérifie ce qui est affirmé
Un détail qu’on oublie souvent : l’IA invente souvent. Un chiffre, une date, une référence qui n’existe pas, glissés au milieu d’un paragraphe parfaitement tourné. Sur le site d’une entreprise, c’est sa crédibilité qui trinque.
Un rédacteur ne publie rien qu’il ne puisse justifier. Ça paraît évident. Avec l’IA, ça ne l’est plus tout à fait.
Alors, on jette l’IA ? Non, surtout pas. Parce qu’elle fait gagner du temps pour défricher un sujet, bâtir un plan, sortir un premier jet. Ce qu’il faut éviter, c’est de publier ce premier jet tel quel. Réécrire un texte IA, c’est ce travail de retouche : on garde la matière, et on la met à votre taille. C’est plus de la haute couture que du prêt-à-porter. Vos textes sonnent un peu trop fades ? Envoyez-les à la Clinique de l’IA. Ils vont enfin vous ressembler, et vous allez aimer !

