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La Clinique de l'IA

Face à l’IA, l’humain n’a pas dit son dernier mot

Une ambiance et un sondage

Ros Atkins n’est pas que journaliste à la BBC. Il est aussi DJ amateur. Il mixe dans des lieux aménagés en salle de concert, dans des ambiances moites et bruyantes, où les femmes et les hommes se déhanchent avec frénésie. Rien de plus humain.

Mais même dans ce milieu, l’IA a changé les règles du jeu. Des logiciels se chargent de sélectionner les morceaux, et des services musicaux comme Spotify ou Apple Music proposent même des mixages automatiques.

Ros Atkins pose la question qui dérange : est-ce que l’ambiance serait la même si le DJ se contentait d’appuyer sur « play », sans apporter sa touche personnelle ?

Le chiffre qui donne le vertige

Deezer a effectué une étude et annonce que 44 % des morceaux mis en ligne sur la plateforme sont générés par IA. Pire encore : 97 % des personnes interrogées n’ont pas réussi à distinguer une musique générée par IA d’une musique composée par un humain

Mais heureusement, la plupart des sondés ont rappelé qu’il était important pour eux de savoir qui avait composé la musique, et qu’il était plus satisfaisant de savoir qu’un être humain était derrière.

Dans l’art, l’humain c’est bien

Daniel Susskind, professeur d’économie à King’s College London, raconte une anecdote plutôt parlante. Dans une entreprise de comptabilité, un salarié a affirmé que ses clients avaient besoin de contact humain. Susskind de son côté pense plutôt que les clients se fichent de cela, qu’ils veulent simplement que leurs chiffres soient bien contrôlés. 

Avec l’art, c’est différent, dit-il. Quand on admire la Chapelle Sixtine, au Vatican, on n’est pas touché que par la beauté du plafond, mais aussi par le génie de Michel-Ange, qui a rendu cela possible. 

Quand Garry Kasparov a perdu contre l’ordinateur Deep Blue en 1997, tout le monde a cru que l’intérêt pour ce jeu allait s’effondrer. C’est l’inverse qui s’est produit : le jeu n’a jamais été aussi populaire. Ce qui compte, ce n’est pas le coup joué sur l’échiquier. C’est de savoir qu’un humain est assis derrière, et que son cerveau en ébullition est en train de combiner de multiples stratégies.

Le ras-le-bol du contenu générique

Kyle Chayka, journaliste tech au New Yorker, va plus loin. Pour lui, les textes écrits par IA sonnent génériques et fades. Du coup, les lecteurs finissent par privilégier l’écriture vraiment personnelle, et même maladroite. Car un contenu même imparfait mais humain est toujours plus agréable à lire qu’une notice d’utilisation bien construite. 

Même chose dans le monde des arts graphiques : les créatifs cherchent volontairement l’étrange, le repérable, tout ce qu’une IA ne sort pas facilement. Des labels « sans IA » commencent à apparaître sur des couvertures de livres, d’albums, de films.

Le piège de la découverte algorithmique

On a laissé les algorithmes choisir une bonne partie de notre culture à notre place. Avant, on allait chercher un disque, un livre, une place de cinéma. Aujourd’hui, le contenu arrive tout seul, trié par un algorithme qui prédit nos goûts. À chaque décision prise par l’algorithme, notre libre arbitre recule d’un pas. On a déjà accepté de laisser la machine choisir ce qu’on regarde ou ce qu’on écoute. Pourquoi s’arrêterait-on quand elle se mettra à l’écrire aussi ?

Pour l’instant le mot, l’image, l’intention comptent. Mais ce qui paraît étrange aujourd’hui ne le sera peut-être plus dans cinq ans. C’est exactement pour ça que La Clinique de l’IA a du sens. Pas pour rejeter l’IA. Mais pour garder ce supplément d’âme qui fait qu’un texte sonne vrai, qu’on sente une main humaine derrière.