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La Clinique de l'IA

Ça n’est pas l’IA le problème : c’est n’avoir rien à dire

Le bouton « IA slop » de LinkedIn vise-t-il vraiment l’IA ? Dans Stratégies, Mathieu Pimort (Linker) montre que la vraie cible, c’est le contenu sans fond.

Le malicieux LinkedIn vient de glisser une nouvelle option dans le menu de chaque post : on peut désormais signaler un contenu qui nous parait avoir été écrit par une IA, avec la mention « On dirait de l’IA slop ». Le « slop », c’est de la bouillie. Vous comprenez l’idée. Mais Mathieu Pimort, de l’agence Linker y voit plutôt le symptôme d’un malentendu. Il l’explique dans une tribune parue dans Stratégies.

Mathieu Pimort rappelle que ce qui compte, ça n’est pas la technologie mais bien le contenu.

Il cite une étude de l’université Villanova, publiée début août dans la revue Judgment and Decision Making. Plus de 1 600 adultes ont noté des nouvelles sans savoir qui les avait écrites. Vous imaginez la suite : en moyenne, les textes générés par IA ont obtenu de meilleures notes de que ceux de véritables auteurs publiés.

Cela dit quoi ? Que la qualité d’un texte ne se mesure pas à la présence ou à l’absence d’une IA dans sa fabrication.

En fait, le bouton « IA slop » ne sert pas à identifier ce qui sort d’une IA générative mais plutôt à signaler les contenus médiocres. 

Interdire l’IA ? Une fausse bonne idée

Cet été, plusieurs médias ont annoncé qu’ils refuseraient désormais les tribunes rédigées avec une IA. C’est un peu normal, car un média vit de la confiance de ses lecteurs. Mais un article écrit à la main peut être tout aussi mauvais qu’un texte passé par ChatGPT. Ce qui compte finalement, c’est ce que le texte apporte à celui qui le lit.

Du côté des entreprises, interdire les outils d’IA ne changera pas grand-chose. Parce qu’ils sont déjà dans les habitudes des équipes. Une interdiction ne ferait que pousser les gens à la cacher.

Au fond, ce qui déclenche le réflexe de signalement, c’est le post sans angle, sans originalité, sans dynamisme, sans expérience vécue. Un texte qui ressemble à mille autres.

Collez un prompt de trois lignes dans ChatGPT, vous obtiendrez mécaniquement un texte interchangeable. 

Mais un texte nourri par un style documenté, de vraies convictions et des cas concrets devient impossible à distinguer d’un texte écrit à la main. Normal : il repose sur la même exigence de fond.

Bref, un mauvais contenu n’est pas forcément un texte écrit par Claude ou ChatGPT, mais un texte écrit par quelqu’un qui n’avait rien à dire.

Moi qui passe mes journées à reprendre des textes générés par IA, je fais le même constat. Le problème vient rarement de l’outil. Il vient de ce qu’on ne lui a pas donné : pas d’anecdote, pas de point de vue, pas de vraie voix. L’IA remplit alors les trous avec ce qu’elle connaît le mieux… la moyenne.

Et vous, vous en dites quoi ?