« Je veux que l’IA fasse ma lessive et ma vaisselle pour que je puisse écrire et faire de l’art. Pas qu’elle fasse mon art et mon écriture pour que je puisse faire ma lessive et ma vaisselle. »
Joanna Maciejewska (écrivaine)
Depuis peu, dans les cours de récré britanniques, les enfants ont imaginé une nouvelle insulte. Quand quelque chose sonne faux, ils disent : « That’s so AI. » C’est de l’IA.
Ça ne veut pas dire que c’est « fait par une machine ». Ça veut dire que c’est creux. Peut-être joli dehors, mais terriblement vide dedans.
Aujourd’hui, les plus jeunes apprennent à utiliser l’IA avant même de posséder leur premier smartphone. Et beaucoup se disent que l’IA est un peu « bullshit ».
La vérité sort de la bouche des enfants
Oui, car eux repèrent le creux en deux secondes. Et pendant ce temps, nous les adultes, nous copions-collons des réponses toutes faites de ChatGPT dans nos mails, nos posts LinkedIn, même parfois dans nos lettres d’amour (ou de rupture).
Mais pour les plus jeunes, ça ne passe pas.
La vérité, c’est qu’on ne profite jamais du temps gagné
Mais alors pourquoi s’obstine-t-on à confier nos texte à des IA ? Pour gagner du temps, évidemment. C’est bien ce que la machine nous promet.
Sauf que l’histoire a de l’humour. En 1983, l’historienne Ruth Schwartz Cowan a montré que la machine à laver n’avait pas allégé le ménage : les exigences de propreté ont grimpé, et on y passait autant d’heures qu’avant. Même scénario avec l’email. Même scénario avec le smartphone.
L’IA ne fabrique pas de temps. Elle le déplace. Et le temps déplacé finit toujours avalé par autre chose.
On a automatisé la mauvaise moitié
L’autrice Joanna Maciejewska l’a dit mieux que personne : elle voulait une IA qui fasse sa vaisselle pour qu’elle puisse écrire. Pas l’inverse. On a pourtant obtenu l’inverse : des machines qui pondent des poèmes et ne savent toujours pas plier un t-shirt.
Et ce qu’on délègue, on le perd. Les chercheurs l’ont montré avec le GPS : plus on s’en sert, plus notre sens de l’orientation fond. La plume, c’est pareil. À force de ne plus écrire, on ne sait plus à quoi ressemble sa propre voix.
Alors, on en fait quoi ?
Je ne dis pas de jeter l’IA. Je m’en sers. Pour chercher, trier, dégrossir. Pour la vaisselle du texte, en somme. Pas pour la voix.
L’IA peut-elle m’aider à écrire pour que je puisse plus et mieux écrire ?
L’IA peut-elle m’aider à dessiner pour que je puisse plus et mieux dessiner ?
L’IA peut-elle m’aider à penser pour que je puisse plus et mieux penser ?
Franchement je ne crois pas. Et tout le problème est là.
Le temps qu’elle vous fait gagner, personne ne vous le rendra. Soit vous le prenez pour relire, couper, remettre de vous dans le texte. Soit un gamin de 9 ans tombera dessus et dira : c’est de l’IA.
Et il aura raison.

